05 décembre 2010

Le vécu de l'accouchement, la douleur et l'accompagnement

Les deux situations, la femme qui accouche et le bébé en train de naître, ont plusieurs points communs. Quand je parle de points communs, c’est dans le sens où tout enfant qui vient de naître passe par trois premières étapes : la situation extrême, l’angoisse originaire et la séparation; et pour accéder à la naissance psychique, il faut un accompagnement suffisamment bon et des expériences suffisamment positives, sinon l’enfant bascule dans l’autisme primaire.

La femme qui accouche, elle, est aussi passée par ces trois premières étapes. En effet, le degré de régression, le retour au vécu de sa propre naissance, et la résolution plus ou moins harmonieuse de ses propres conflits et émois archaïques peuvent amener la femme à ré-affronter l’expérience de situation extrême, d’angoisse originaire, de séparation-arrachage de la peau et entraîner des conséquences psychologiques graves. Afin d’écarter au maximum ces risques, un accompagnement spécifique suffisamment bon est nécessaire.

S’il y a carence de l’accompagnement, différentes formes d’angoisse peuvent apparaître : l’angoisse de mort, l’angoisse de morcellement, d’anéantissement avec différentes conséquences psychologiques graves.

Avant de conclure, je voudrais parler de l’empreinte de la naissance. Au cours d’une séance de relaxation, une personne a revécu certains moments de sa naissance; pour l’avoir observée et entendue après son expérience, je peux affirmer que les contractions, leurs rythmes deviennent un souvenir. Voici un extrait de son témoignage :

« J’ai notamment revécu le dernier instant de l’expulsion : j’ai senti l’ouverture du vagin sur tout le cuir chevelu, ça s’ouvrait doucement, jusqu’au moment où j’ai senti que ma tête était sortie; tout de suite après, c’était une chute soudaine, sans fin, avec une angoisse originaire, une angoisse d’anéantissement; puis tout a basculé, je me suis sentie tenue par les pieds, la tête en bas. »

Cette jeune femme qui a bien voulu partager son expérience de relaxation nous a parlé un peu plus longuement de sa naissance :

« Pour ma naissance, une des difficultés a été à la fin du travail de dilatation. Je ne m’engageais pas. Comme m’a dit ma mère, "tu n’as vraiment rien fait pour m’aider !" et c’est une sage-femme, debout sur un tabouret, qui a appuyé de tout son poids sur le ventre de ma mère pour m’engager dans le travail d’expulsion. »

C’est ce qui va former la "réaction prototypique" d’Arthur Janov. En effet,
• comment, quand un enfant ne participe pas au choix primordial “d’entrer dans la vie”, peut-il prendre des décisions importantes dans sa vie d’adulte sans avoir ce besoin constant d’être poussé ?
• comment un adulte peut-il porter un réel intérêt à la vie quand il n’a pas choisi lui-même de naître ?
• quels sens les contacts physiques peuvent-ils avoir lorsque ces premiers contacts ont été un poids écrasant d’adulte sur soi ?

Danièle Bullaert, Psychologue en crèche
Résumé de mémoire de maîtrise - 1993 - Paris V René Descartes


Posté par mekati à 21:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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