Naître avec Toi

04 décembre 2009

Bienvenue

L'arrivée au monde d'un enfant s'accompagne pour ses parents de naissances en résonance:
- résurgence de sa propre naissance au moment où l'on porte / donne la vie...
- naissance à une vie nouvelle en devenant parent ou grand-parent: changement de statut; redistribution des rôles au sein de la lignée familiale; impulsion vers un nouveau chemin de vie...

Cela se joue parfois imperceptiblement; mais pour d'autres, il s'agit d'une révélation violente, fulgurante, d'une évidence pourtant insoupçonnée jusqu'alors, et à laquelle ils n'étaient pas préparés.

Ce blog se veut ainsi recueil de vos témoignages, afin de mettre en lumière ces vécus intimes, les partager pour les faire mieux connaître.

Vous pouvez partager votre vécu en envoyant un texte. Pour cela, cliquez sur "contacter l'auteur" en haut de la colonne de gauche.

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05 décembre 2009

Qui sommes-nous?

Ludivine et Magali: femmes, mamans... et apprenties doula.

Ce blog s'inscrit dans le cadre de notre formation, il fait partie du projet que nous présenterons lors de notre module de fin d'études.

Nous avons connu la richesse que représente l'échange d'expériences entre femmes. Nous souhaitons ici permettre à chacune, chacun de partager son vécu autour de cette thématique, afin de mettre en relation vos témoignages,sur un sujet à la fois si personnel, et pourtant universel.

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04 novembre 2010

Couper le cordon.

Être enceinte… J’en avais rêvé depuis plusieurs années, je me voyais mère, je me voyais avec un enfant très vite, très jeune. Ça ne me faisait pas peur. Avec lui, mon homme, celui que j’aimais, c’était une évidence…

Puis cette première fois. A 22 ans, fébrile, je l’annonce à mes parents, trop d’émotions, je maîtrise mal mes mots et mes larmes, et ils croient à une erreur, un accident… La femme de mon homme, celle qui avait tant désiré cet enfant, redevient la petite fille de ses parents, qui ne peut avoir d’enfant, pas tout de suite, pas si jeune… Moi qui me sentais si fière et si prête ! Je n’ai pas su lever la voix et me faire entendre, je suis restée enfant, à peine post-ado… Le bébé s’en est allé de lui-même, peut-être a-t-il senti que le climat n’était pas propice à naître tout de suite…

Un second essai quelques mois plus tard ne s’est pas transformé, celui là on l’a tu, comme on cache que l’on a fait le mur à l’adolescence. Drôle de secret, un bébé pourtant désiré de jeunes adultes amoureux et stables… Mais après leur première réaction, comment leur dire que je n’étais plus une petite fille ? Moi-même j’avais du mal à le revendiquer… Alors être mère… Étais-je vraiment si prête ? Mon corps semblait en douter…

Peut-être était-ce lié à ma propre naissance. Ma mère est tombée enceinte à 16 ans, un père biologique dont je n’ai que le prénom, une grossesse seule car sa famille ne l’a pas soutenue… Elle a rencontré mon père adoptif quelques temps après ma naissance, a construit une famille avec lui, s’est racheté aux yeux des siens. De la honte, ne reste que moi… et mon besoin de plaire à mes parents, tout le temps, comme pour me faire pardonner d’être venue au monde...

23 ans… Nous avons quitté la France, pour vivre à Montréal quelques temps. En amoureux, sans attaches, sans projets. L’envie de ce bébé toujours présente, viscérale. Trois mois après notre arrivée, nous avons été exaucés, ce bébé s’est niché dans mon cœur, dans nos vies… Loin des miens, j’étais femme. Ma grossesse était fêtée, félicitée, encouragée. Mon âge ne choquait personne, même pas mon visage trop enfantin. Nous étions une famille en devenir. Je l’ai annoncé à ma famille à trois mois de grossesse, sûre de moi, quelques soient les réactions. J’étais prête à affronter mes parents, à grandir, à enfin devenir mère.

Et laisser l’histoire de ma naissance derrière moi aussi…

Ma grossesse n’a pas été facile tous les jours, mais plus facile à vivre car j’étais seule, je crois. On ne peut pas devenir mère en restant petite fille. Mon cordon s’est enfin coupé lorsque j’ai traversé l’océan. Je suis née à Montréal, à 23 ans…

J’ai eu le meilleur suivi au monde, en maison de naissance avec une sage-femme. Je suis très timide face à l’autorité. Cette femme, c’était l’autorité, celle qui faisait naitre mon bébé, qui me disait quoi manger, quoi faire, comment vivre au mieux enceinte. Je la voyais comme ça, elle m’impressionnait. Mais ce n’est pas ainsi qu’elle me considérait. Elle n’était pas ma mère de substitution. Elle était ma sage-femme, et j’étais la femme qui allait donner naissance.

Et puis, ma fille est née. Tranquille, mon bébé-zen qui m’a montré le chemin vers la « maternité », qui m’a montré comment être sa mère, en douceur, dans un cocon.

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Ma mère est venue quand elle avait quinze jours, je me suis sentie de nouveau gauche, petite fille qui ne sait plus faire, comment allaiter, comment la porter… Elle n’est restée qu’une semaine, une semaine où j’ai perdu pied, j’ai eu l’impression de ne plus être la maman, à peine la grande sœur.

Il m’aura fallu quatre mois pour affronter de nouveau ma famille. Mais ces quatre mois et ma belle puce m’avaient rendue plus sûre de moi. J’allaitais quand je voulais, et je répondais aux critiques, aux conseils avec des sourires, je me blindais, je me protégeais… J’étais une mère, la mère de ma fille et plus rien ne pouvait me l’enlever…

Deux ans après, lorsque j’ai été enceinte de mon second enfant, j’étais en France, en structure hospitalière. Tout de suite j’ai repéré ce ton infantilisant qu’ont les médecins, les sages-femmes. Ils regardaient mon âge, me pensaient primipare inexpérimentée et me prenaient de haut avec mes idées d’accouchement naturel sans perfusion, sans péridurale… Mais j’étais née à Montréal…J’ai su me battre, trouver les ressources pour offrir à mon bébé une naissance respectueuse. Et pourtant, même ma mère m’encourageait à laisser faire… mais je sais qu’elle est fière quelque part que j’ai su me faire entendre et que je ne l’ai pas écoutée.

Il y a 5 ans, j’étais encore une enfant. Une enfant à l’histoire de naissance difficile et tabou… Il y a 5 ans, je suis née femme. Une femme qui a coupé le cordon et tranché avec le passé pour mieux construire son avenir.

Aujourd’hui, j’ai 28 ans. Je ne suis plus une petite fille, je suis une femme, je suis forte. Je suis leur mère, la fière maman de deux princesses, attendant un dernier bonheur qui finira notre famille…


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Blandine, 

 

Montréal, le 1 novembre 2010

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Devenir mère, ou se laisser aller à être soi-même.

Je fais partie de ces femmes qui ont envie d’être mère depuis… toujours ! Petite fille déjà, je n’imaginais pas mon avenir sans enfants… C’était une évidence que j’étais faite pour être mère…

Le devenir n’a pas été si évident.

 

Il m’a fallu patienter plusieurs mois, presqu’une année, avant d’attendre mon premier enfant. Lorsque j’ai enfin été enceinte, j’ai vécu dans l’angoisse : je tremblais de perdre ce bébé tant désiré, je ne faisais aucun projet, tout me semblait risqué… J’étais loin de cet état de plénitude que j’avais imaginé pour cette première grossesse… J’attendais que les semaines passent, que cette grossesse avance et me rende enfin heureuse… Je ne me projetais pas plus loin que le prochain rendez-vous chez le gynécologue, et je ne pensais pas du tout à l’accouchement. Lorsque j’ai perdu les eaux un matin de novembre, après seulement 7 mois et demi de grossesse, j’ai été prise de cours… J’allais avoir un bébé… Je n’étais pas prête, c’était trop tôt… J’étais terrorisée à l’idée de subir une césarienne, d’être séparée de mon bébé… Je me sentais abandonnée : par les soignants qui ne me disaient rien ; par mon bébé qui ne voulait pas rester avec moi ; par mon mari qui avait aussi peur que moi… Les contractions ont fini par arriver en fin de journée et ont duré toute la nuit. Cette si longue nuit que j’ai passée seule, tapie au fond de mon lit, me tordant de douleur et de peur, en pleurs… J’ai été transférée en salle de naissance au petit matin, au changement d’équipe ; j’ai supplié pour avoir une péridurale dès que possible… Quand mon mari est arrivé, j’étais bien, je ne sentais plus rien… Quelques heures plus tard, nous tenions notre bébé dans nos bras… mais pas trop longtemps : il fallait la mettre en couveuse pour qu’elle ne se refroidisse pas… Elle était si petite… On me l’a malgré tout laissée « à l’essai » : si elle tétait bien, ne faisait pas d’hypoglycémie, et prenait bien du poids, elle n’irait pas en néonat.

J’ai donc vécu les premiers jours avec mon bébé dans l’angoisse qu’on me la reprenne… Angoisse qui ne m’a pas quittée pendant ses premiers mois : je me sentais totalement incompétente face à ce bébé qui pleurait dès que je le posais, alors qu’on m’avait bien dit de ne pas trop le garder dans mes bras, afin de ne pas lui donner de mauvaises habitudes… Elle ne dormait pas ; j’étais épuisée ; et j’étais seule… tellement seule…

Mon mari faisait ce que je lui disais, mais ne prenait pas d’initiatives (en tout cas aucune qui me satisfasse !) ; ma mère ne voulait pas être intrusive et gardait ses distances ; mes amies n’avaient pas d’enfants…. Je cherchais du soutien auprès de professionnels de santé qui me renvoyaient l’image d’une mère trop inquiète, trop fatiguée, trop perdue…

Quant à moi, je ne me sentais pas mère… Pour moi, être mère, ça ne devait pas être ça… Je me sentais comme une enfant qui avait présumé de ses capacités, j’avais juste envie qu’on s’occupe de moi, qu’on me cajole, qu’on me décharge de ce fardeau… Pour moi, n’importe qui pouvait s’occuper de ce bébé mieux que je ne le faisais… Je n’étais pas indispensable pour elle, elle n’avait pas besoin de moi… Elle était le centre de toutes les attentions, premier bébé dans ma famille, choyée, admirée, adorée…

 

Paradoxalement, nous avons choisi d’avoir un autre enfant très vite : nous sentions que cette attention excessive autour d’elle était néfaste, il devenait vital pour moi de la soustraire à cette pression, et d’équilibrer notre famille…

 

Je me retrouvais donc enceinte à nouveau alors que mon bébé n’avait que 8 mois. Cette fois encore, la grossesse ne fut pas un moment de plénitude… Je me trouvais inconsciente d’avoir un deuxième enfant alors que je n’arrivais déjà pas à m’en sortir avec la première. Je me sentais comme une gamine irresponsable qui se serait fait engrosser sans réfléchir… Je sentais le poids des regards réprobateurs dans la rue, lorsque je me promenais avec mon gros ventre, ma poussette et mon physique juvénile… J’aurais aimé être sûre que mes parents approuvaient mes choix…

Cette grossesse fut à l’opposé de la première : si ce bébé voulait vivre, il allait devoir s’accrocher… Je ne pouvais pas me permettre de mettre mes activités entre parenthèses. J’ai à nouveau détesté être enceinte, mais l’accouchement ne me faisait pas peur : je me suis présentée en salle de naissance avec le sourire, dilatée à 3. J’avais fait ma part du travail, maintenant je voulais une péridurale, et laisser faire l’équipe soignante. Malheureusement, la péridurale n’est passée que d’un côté, et je me suis retrouvée clouée sur la table d’accouchement avec une jambe morte, et l’autre côté qui sentait tout ; je n’étais pas du tout préparée à affronter la douleur des contractions, j’avais peur que le travail n’avance pas suffisamment bien, j’avais à nouveau la hantise de la césarienne, … J’avais besoin qu’on me rassure, qu’on me dise que tout se passait bien, que je me débrouillais comme un chef, ce genre de choses… J’avais tellement peur… Finalement, tout s’est bien terminé, je me suis même rebellée en fin de travail, refusant d’attendre que la gynéco soit arrivée pour pousser !...

J’étais fière de cette seconde naissance, fière de nous voir enfin comme une famille, fière aussi de m’être démarquée d’une sorte de tradition familiale : en effet, ma grand-mère et ses deux filles ont eu chacune deux enfants de même sexe à 3 ans d’intervalle… J’avais posé plus ou moins consciemment un acte fort pour mon identité de femme en ne suivant pas ce schéma.

Pourtant, je me sentais toujours dépassée et peu compétente dans mon rôle de mère… Les premiers mois, je ne restais jamais seule avec les deux enfants : mon mari emmenait l’ainée chez sa nourrice en partant travailler et la ramenait le soir en rentrant ; le mercredi ma mère venait m’aider ; le WE mon mari était là…

Néanmoins, j’allaitais avec facilité pendant 6 mois, dont 4 en ayant repris mon travail. Ma fille dormait bien, était souriante et florissante, et me renvoyait l’image d’une bonne mère, qui fait ce qu’il faut pour le bien être de son bébé… Je me suis souvent dit que ce bébé avait sauvé notre famille de l’implosion… Malgré la pénibilité de la vie avec 2 enfants d’âge rapprochés, nous commencions à sortir la tête hors de l’eau…

 

A cette époque, j’avais aussi une thèse à préparer…

 

Lors de mon premier allaitement, j’avais été tellement déstabilisée par les conseils contradictoires que je recevais, que j’avais décidé de découvrir « la vérité » par moi-même, en faisant de l’allaitement le sujet de mes recherches. C’est à cette occasion que mes lectures m’ont conduite vers Nathalie Roques, Jack Newman, James McKena, Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau… J’ai découvert le concept de maternage proximal.

 

C’était donc cela « être mère ».

 

Je touchais enfin du doigt l’idée que je me faisais de la vie d’une maman près de son bébé, d’un bébé près de sa maman : la douceur, la chaleur, la tendresse, la fluidité… Tout cela faisait douloureusement écho à mon vécu de peur, d’épuisement, de solitude, de contraintes, de renoncement...

J’ai découvert aussi que je n’étais pas la seule à avoir des doutes et des difficultés. Et qu’il existait des lieux, sur internet, où les mères se soutenaient, s’entraidaient, formaient une vraie communauté, chacune à la recherche de son propre chemin de maternité.

 

Dans ces conditions là, j’étais prête à recommencer : donner la vie une nouvelle fois, et pouvoir mettre en pratique tout ce que j’avais découvert… J’étais impatiente de faire naitre la mère en moi… M’autoriser à quitter la carapace rigide du bon parent qui éduque bien ses enfants mais oublie toute notion de spontanéité et de plaisir.

 

Lorsque j’ai été enceinte à nouveau, assez rapidement après avoir soutenu ma thèse, j’ai fait le choix d’arrêter de travailler pendant 8 mois. Je n’ai toujours pas aimé être enceinte, cet état réveillant en moi trop d’angoisses … Mais j’ai eu l’occasion de faire enfin connaissance avec mes deux filles, âgées alors de 5 et 3 ans… Vivre à leur rythme, les regarder, les écouter, les découvrir… Partager leur vie, en faire vraiment partie…

J’ai eu un accouchement physiologique, avec le soutien d’une sage femme libérale qui pratiquait l’accompagnement global. J’ai eu peur, j’ai eu mal, j’ai perdu pieds, sans vraiment réussir à lâcher prise… Mais quelle fierté de pouvoir dire « je l’ai fait »… De rejoindre les rangs des amazones que j’admirais tant… Et quel bonheur de vivre en symbiose les premiers jours avec son bébé, sans interventions extérieures néfastes, les yeux dans les yeux, de poursuivre un peu le corps à corps… J’ai allaité, porté, materné, ce bébé… J’ai fait l’expérience de la confiance en soi, j’avais l’assurance de « celles qui savent »...

 

Pourtant ce n’est pas cette troisième naissance qui m’a « fait naitre mère »…

C’est la rencontre avec mes deux filles, lorsque j’ai enfin trouvé ma place auprès d’elles… Lorsque j’ai réalisé que j’étais irremplaçable pour elles, et que j’ai accepté cet état de fait, comme un cadeau et non comme un fardeau… Et si j’ai pu le faire, c’est grâce à l’expérience de ces femmes qui m’ont entourée, à leur force et leur énergie… Portée par elles, j’ai pu me laisser aller à être moi-même… Elles ont contribué à libérer la femme en moi, cette femme qui n’attendait rien d’autre que de devenir elle-même, de devenir mère à son tour.

Laure

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Naissance d'une mère (doutes, position sociale...)

Je n’étais pas du tout préparée à la façon dont j’ai vécu ma maternité. L’intensité de la relation à mon bébé m’a déstabilisée car elle a ébranlé mes valeurs.

Je m’étais préparée à reprendre le travail au bout de deux mois. Avant la naissance j’avais déjà planifié le sevrage, mais celui-ci s’est mal passé et j’étais très mal en reprenant. Tirer mon lait dans les toilettes au travail, c’était vraiment dur. Mon bébé tétait et pleurait beaucoup, il était très demandeur et peut-être anxieux, je me suis découverte en réalité dans l’incapacité de le laisser.
Les séparations étaient trop difficiles, peut-être que cela vient du fait que l’on a été séparés à sa naissance (à j+1 il a été emmené en néonatologie, par le SAMU, dans un autre hôpital, dans une autre ville, à cause d’une infection urinaire, et ça a cristallisé beaucoup d’inquiétudes).

 Au bout de quelques jours de reprise du travail, j’étais en arrêt de travail, je «pétais les plombs », je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Mon médecin m’a aidée en me disant qu’il existait le congé parental, que cela pourrait peut-être me correspondre et que je ne devrais rien à personne.
Et c’est ce que j’ai fait, j’ai pris d’abord 6 mois et j‘ai renouvelé plusieurs fois, découvrant au fur et à mesure que je n‘étais pas prête à retravailler. Plus le temps passait et plus c’était compliqué de reprendre, en plus l’allaitement a duré longtemps, 4 ans.

Je n’étais pas du tout préparée à rester à la maison, je me suis pris ça « en pleine face ». Mon mari et moi avons le même âge, on a fait nos études ensemble, des études longues. Mon milieu culturel et amical ne correspond pas du tout au modèle de la femme au foyer avec Monsieur qui travaille. Il m’a fallu du temps, que je vive les choses, pour découvrir que je pouvais m’autoriser à prendre un congé parental et profiter à ma manière de ma maternité.
Et une fois la décision prise, c’était très inquiétant pour moi car je ne m’y voyais pas du tout.

Pour le deuxième enfant, une fille, même sentiment très fort de maternité, mais que cette fois j’ai beaucoup mieux assumé. Le congé parental était une évidence, tout était plus facile, et cette fois pas question de laisser mon bébé à une nourrice ou en crèche. L’allaitement long (3 ans) je l’ai aussi mieux assumé, sans tiraillement. J’ai repris le travail quand elle avait 2 ans ½ et j’ai continué à l’allaiter. Je ne me rappelle pas vraiment de son sevrage en fait.

Finalement je suis restée 6 ans au total en congé parental. Ca n’a pas été si simple que ça, car je n’avais pas de modèle : je ne suis pas d’une famille où les femmes restent à la maison. Je vois bien qu’il existe des cultures familiales où les mamans restent au foyer, se rencontrent entre elles et où elles le vivent bien.
Pour moi, même si ça m’est apparu comme une nécessité, ça n’a pas été toujours très épanouissant. Ca a été davantage une aventure qu’une découverte. Tout n’a pas été idyllique, la mère à la maison épanouie, 100% pour son bébé. J’ai découvert la profondeur de l’attachement maternel mais pas sur un mode très paisible quand même. Pour le premier en plus j’étais très isolée, je n’étais pas dans ma région. Mais grâce à ça j’ai connu les maisons vertes de Dolto. J’étais capable de faire 50 kms pour sortir de ma « cambrousse » et y passer une demi-journée. Pour le deuxième on était revenu dans la région, je pouvais voir ma famille, mes copines, c’était différent.

La rencontre avec La Leche League a été importante. J’ai rencontré d’autres familles qui comme moi vivaient le besoin d’être proches de leurs enfants. Mais ce que je pourrais reprocher à ces associations de soutien c’est de peindre un portrait idéal de tout ce qui se passe autour de la naissance, l’allaitement, le cododo… En ce qui me concerne, je n’ai pas vraiment choisi le cododo ; mon enfant ne pouvait pas dormir seul ; il a bien fallu trouver une solution. Parfois je ne me sentais pas « bonne mère » car chez moi les choses ne se passaient pas aussi simplement.

En même temps, le fait d’arrêter de travailler et de faire le choix d’un maternage de type proximal m’a fait rencontrer des gens que je n’aurais pas rencontrés sur mon lieu de travail. J’ai découvert des milieux alternatifs, en terme de consommation et de santé par exemple. Quand on met le doigt sur le « travailler moins », pour gagner moins d’ailleurs, on côtoie des personnes qui vivent autrement, qui trouvent des solutions très ingénieuses, très solidaires, plus respectueuses de l’environnement et des relations sociales. C’est une autre de mes certitudes qui a été balayée à l’arrivée de mes enfants, celle de l’évidence du travail. Je me suis aperçue que la valeur travail était assez discutable finalement…

Lucie

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Rendez-vous manqués

Paradoxalement, l’acte d’accoucher a fait naitre en moi un immense sentiment de solitude.

D’abord parce que je me suis retrouvée très seule à la maternité. Je suis restée environ 14h allongée avec des contractions et quand j’ai eu la péridurale je me suis trouvée très seule de ne plus avoir de contractions, une espèce de vide très désagréable. J’aurais préféré garder ma douleur et être accompagnée, soutenue par une sage-femme.
Puis, après la naissance, le personnel passait, repartait, je ne voyais personne pendant des heures. Après la naissance, j’ai été séparée de mon bébé à cause d’une infection urinaire sévère ; je n’y étais pas préparée.

Ce fut très différent à la naissance de ma fille, une naissance physiologique avec un projet de naissance. Malgré tout, je me suis rendue compte que j’aurais eu besoin que ma mère soit là, et pas spécialement mon mari en fait. Ce sentiment de solitude était là encore très fort ; j’ai découvert que ma mère me manquait…

Quelques années après, quand ma sœur (qui a eu beaucoup de problèmes pour ses grossesses) a eu son premier enfant aux Etats- Unis, elle a fait venir ma mère pour la naissance. J’ai très bien compris sa démarche.
Pour la naissance de son deuxième enfant, ma mère était encore présente ainsi qu’une doula. Son mari, de culture asiatique, ne l’a pas beaucoup accompagné sur le plan affectif durant ses grossesses. Le fait qu’il assiste bien sûr à l’accouchement mais que ma mère et la doula soient là… j’ai trouvé ça très cohérent, car c’est cela même qui m’a manqué.

Entre elles il y avait déjà quelque chose de très fort, leur complicité a été renforcée. La présence de ma mère était une évidence. Mes neveux ne connaissent pas beaucoup leur grand-mère, mais comme ma sœur leur a transmis ce lien affectif fort, ils ont un lien fort. C’est tout ce que l’on dit à ses enfants qui crée l’histoire.

Je n’ai jamais su comment parler à ma mère du fait que j’avais besoin d’elle, et non de mon mari, pour accoucher. Pour moi, c’était plutôt une affaire de femmes, mais je ne l’ai découvert que sur le coup, en accouchant. Pour mon second enfant d’ailleurs, le personnel a dû ressentir ce besoin et a été très respectueux, tout s’est passé entre femmes (mon mari en plus). Les sages femmes ont quasiment mis le gynéco à la porte quand il a voulu rentrer! C’est moi qui ai aidé mon bébé à sortir et l’ai posé sur moi, c’était très beau, j’aurais aimé que ma mère soit là…

Culturellement, je n’étais pas préparée à ressentir ça. J’avais vraiment l’image du couple qui accueille son enfant, mais je me suis rendu compte sur le moment que ce n’était pas ce que j’avais envie de vivre.

J’ai clairement ressenti un sentiment d’abandon en accouchant. Les naissances de mes deux enfants ont révélé que l’histoire entre ma mère et moi était celle d’une rencontre qui a toujours eu du mal à avoir lieu. Pourtant, on se voit assez souvent, on n’habite pas loin, pour des questions d’organisation, de services qu’on se rend. Mais finalement, l’essentiel n’a peut-être pas été vécu.

Accéder au statut de mère a réveillé des blessures très anciennes dans la relation à ma mère. Du coup, je me suis interrogée sur ce qui m’a précédée. Quand je suis devenue mère, je me suis beaucoup demandé ce qu’avait été ma naissance.

Je ne me suis jamais sentie comme une enfant dont la naissance a été désirée, quoi qu’on m’en dise. Quand je regarde les photos de ma mère et moi à la maternité, le biberon en bouche, je ne trouve pas la scène attendrissante, comme s’il y avait quelque chose de dur qui s’est inscrit dès le départ.
Maintenant je n’ai plus de ressentiment, j’essaie de comprendre notre histoire. Je me demande juste ce qui a pu lui arriver à elle pour être distante malgré elle.

Par contre, elle vit très fort sa grand-maternité. Elle est affectueuse, touchante, émue avec eux. Elle se laisse aller sur le plan affectif, et ça se voit que ça sort du cœur, alors qu’en tant que mère elle est toujours un peu distante, comme malgré elle.

Moi au contraire je suis très câline et je dis à mes enfants mes sentiments, je suis attentive à leurs joies et à leurs tristesses. .

C’est ambigu parce que ma mère s’est beaucoup occupée de nous ; les vacances, les repas, les devoirs, les tâches domestiques et en même temps son attachement, son dévouement n’arrivaient pas à se manifester par des gestes et des mots affectueux. Ils m’ont manqué.

 Bref, ma mère et moi, une succession de rendez-vous manqués! Aujourd’hui, elle est passée grand-mère, elle a accédé à ce statut sans problème, mais moi je n’ai toujours pas vraiment rencontré ma mère finalement……

Lucie

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Ma naissance... la vraie!

Enfance, adolescence mortifère, rythmée de drames, de deuils, de psys, de tabous, de colères, de drogues. Accumulations de maux sans mots.

J'avais 8 ans quand mon père s'est suicidé.
J'ai disparu de mon corps dès cet âge pour laisser place, toute la place à la douleur de ma mère.

Je ne me suis jamais plainte, j'ai utilisé le langage qui la faisait réagir...plusieurs tentatives de suicide à partir de 11 ans. Là au moins, j'étais sûre que j'existais à ses yeux. C'était de courte durée, puisque systématiquement elle me plaçait en hôpital psychiatrique, où je me sentais en sécurité, de par l'assistanat total.

J'ai toujours éprouvé des sentiments exacerbés pour ma mère. Mélange d'Amour, de protection et de haine. L'ambiance générale étant le silence et la dépression, dans l'abandon du père...
J'ai vite compris que ma mère était une femme, non une mère. J'ai compris aussi que l'on n’aurait jamais le même langage et qu'il y aurait toujours un climat conflictuel entre nous.


Dans ma vie d'adulte, les relations amoureuses ont été très chaotiques. Toujours en tria-lité, entre la peur de l'abandon, la recherche du père et la femme dominatrice.

J'ai fini par me persuader que je ne souhaitais pas avoir d'enfant, par peur de reproduire le schéma familial. Mais au fond j'ai toujours rêvé de ma grande famille!

En octobre 2009, j'apprends par hasard que je suis enceinte de 2 mois...Grossesse engendrée par une amourette d'été, rompue la veille de la nouvelle.
J'ai été très choquée...j'avais 6 semaines pour me décider avec le papa, qui n'était plus mon amoureux. Jusqu'au dernier jour de la 14ème semaine, j'étais indécise.

Nous avons ensemble décidé de garder le bébé, en l'élevant séparément. En réinventant une forme de parentalité...Décision qui m'a vite mise en marge par rapport aux autres, ma famille et surtout ma mère. Qui m'a très vite annoncé qu'elle ne s'occuperait jamais de cet enfant et que j'étais incapable d'être mère.

J'ai vécu ma grossesse dans un sentiment de féminité absolue qui s'étendait au fur et à mesure que mon ventre s'arrondissait. Envie de couleur, de fantaisie… quel changement! moi qui était toujours vêtue de noir, avant. Quelle merveille de se sentir 2, protectrice d'un être grandissant et surtout protectrice de moi-même. Le regard des autres changeait sur moi.

En contradiction, j'ai constaté le manque total d'intérêt du papa, il avait choisi que son rôle ne commence qu'à la naissance. Ce qui a, en fait, renforcé mes liens d'attachement avec ma fille, Youma.
Mais dans ces conditions, le sentiment d'abandon se remettait en place et mon éternelle angoisse remontait à la surface : toujours écartelée entre ces 2 sentiments, force exacerbée de femme, de maman et désintérêt du papa .

Très entourée par ma meilleure amie, présente aux échographies, pour les chagrins et les joies. Mon âme se sentait en paix malgré tout. « Je suis capable d'Aimer, d'être Aimée et de m'Aimer »


Lorsqu'un soir, le 22/01/2010, au 5ème mois, je perds mon bébé.
Béance fonctionnelle du col. L'échographie était parfaite le matin même. Elle part en 3h...interminables de souffrance. Accompagnée de ma meilleure amie qui m'a soutenue jusqu'au bout, jusqu'à découvrir le corps de ma petite Youma, décédée...mais magnifique et minusculement parfaite.


Après quelques mois de questionnements, de démarches spirituelles sur moi, j'ai compris que le passage de ma fille, est en fait l'accouchement de moi-même.

Cette petite fille a emmené avec elle, mes vieux schémas d'existence, elle est comme un clone de l'ancienne petite Emilie. C'est un symbole très intime pour moi...

Le_fabuleux_destin_de_Youma

 

Dorénavant, je me positionne en tant que femme indépendante devant ma mère, qui m'a avoué avoir tricoté la layette de Youma...

Je ne me mets aucune barrière dans mes rêves et réalisations artistiques, ce qui attire la reconnaissance, les collaborations.

Je fais des choix par rapport à ma famille, je m'affirme.

Je n'ai plus peur, je me protège, je RELATIVISE sur la gravité des petits soucis de la vie!

Je suis fière de moi et ça me suffit!

Emilie, Mam'Ange

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08 novembre 2010

La première fois...

"La première fois que tu es née, c'est la deuxième fois que je suis née."


Vincent Cuvellier & Charles Dutertre


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09 novembre 2010

Naître à la confiance

La naissance de ma deuxième fille a été également ma propre naissance au sentiment de capacité.

Mon ainée est née en structure. Un accouchement idéal, médicalement parlant, sous péridurale.

Je mettais beaucoup de sens en l’accouchement naturel, j’imaginais cela comme un rite initiatique. J’avais fait la démarche de rechercher une maternité « respectueuse ».
J’avais beaucoup idéalisé le métier de sage-femme, je me suis retrouvée confrontée à un aspect ultra-médical que je n’avais pas envisagé, une grande pauvreté dans l’accompagnement humain.
J’aurais voulu sentir que le personnel me faisait confiance…

L’accouchement s’est bien passé. Je sais que mon corps peut accoucher.
Mais la peur de la douleur m’envahit, je doute de moi, de ma capacité à lâcher prise, à me laisser aller. J’accepte la péridurale qu’on me propose avec insistance.

J’en suis ressortie avec le sentiment d’un rendez-vous raté, d’une imposture : je n’ai pas su la faire naître… Je suis envahie par la déception, le doute… le vide. Je ne suis vraiment pas capable d’être mère, d’être sa mère…
Ce sentiment est parfois encore là aujourd’hui, entravant notre relation.

Deuxième grossesse, l’échec ressenti lors du premier accouchement est encore vivace. Je refuse la médicalisation et me dirige vers un AAD.

Au départ, la démarche d’être accompagnée par une doula est motivée par l’idée que quelqu’un soit là pour s’occuper de ma grande pendant l’accouchement.
Au fil de nos rencontres, j’ai voulu qu’elle soit là, à mes côtés, pour me sentir capable.

L’aspect non-médical de l’accompagnement doula me rassurait : c’était pour moi la garantie qu’elle ne me proposerait pas la péridurale, ou des gestes que je ne voulais pas.
J’ai beaucoup travaillé là-dessus pendant la grossesse : comment aller chercher en moi-même les ressources nécessaires pour supporter la douleur. Je dis « travaillé », mais il ne s’agit pas de technique, c’est un travail intérieur.
Ma doula m’a accompagnée, éclairée, aidée à traverser les choses douloureuses que la grossesse réveillait.

Je me suis alors vue dans le regard de ma doula et de ma sage-femme comme étant capable! Je les remercie de m’avoir accompagné dans ce sens là. L’accouchement a validé, entériné ce sentiment. Je savais que j’étais capable… et j’en ai eu la preuve!

CAPABLE…
Ne pas être aidée pendant l’accouchement autrement que par des encouragements. Laisser faire… Laisser mon corps accomplir ce pour quoi il est programmé.

Ma doula était d’ailleurs absente à l’accouchement. Je l’ai appelée tard, j’ai mis du temps à être sûre d’être en travail. La distance géographique aidant, elle est arrivée juste après la naissance de ma fille. Je crois que c’est bien comme ça : si elle avait été là, j’aurais toujours pensé au fond de moi que c’était grâce à sa présence… non, j’ai été capable, moi seule!

Quelques temps plus tard, lors d’une rencontre de parents, ma sage-femme a dit :  « A l’accouchement de Marine, je n’ai rien fait! » Quelle fierté immense j’ai ressentit !

C’est dans la confiance qu’elles m’ont accordée toutes deux que j’ai pu me faire confiance.
Et cette naissance au sentiment de confiance me porte aujourd’hui dans toute ma vie : oser faire du savon, mon rêve, freiné jusque là par la peur de la manipulation de la soude; oser envisager une reconversion professionnelle…

J’avais déjà fait appel à mes capacités auparavant, notamment dans mon ancien travail d’éducatrice, mais je ne m’étais jamais sentie légitime… un sentiment d’imposture très fort.
Savoir remobiliser ce sentiment de confiance en moi, découvert lors de ce deuxième enfantement, et me dire que oui, c’est possible, je suis capable d’y arriver! Se sentir capable, c’est se rendre capable : le plus important étant d’être entourée de personnes soutenantes.

Marine

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04 décembre 2010

Yoga et enfantement

Enfanter n'est pas qu'une histoire de femmes enceintes. Toutes les femmes, tous les hommes ont à se confronter à la naissance de soi, à la face cachée qui est là, blottie au fond de son ventre, et qu'il nous faut révéler.
Mettre au monde, se mettre au monde, c'est vivre les épreuves comme des moments de passage qui nous font traverser sur l'autre rive.
Nous ne savons jamais avant la traversée si nous allons rencontrer le calme ou la tempête. Préparons-nous avec calme à la tempête qui peut nous surprendre...


Bernadette Esneault Gastineau

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