05 décembre 2010

Ma naissance en tant que mère

Le 26 août 2005, je donne naissance à une petite fille qui se prénomme Chiara. Un bonheur sans limite…

Mais aussi un désespoir sans fin… J’ai fait ce qu’on appelle une dépression post-partum…
Je ne rentrerais pas dans les détails de mon passé qui ont fait que j’ai pu être fragile lors de la naissance. Mais je rentrerais dans les détails qui ont fait que tout a ressurgi avec ma maternité, et que je n’ai pas su gérer par la suite.

Une grossesse avec suivi « classique », une grossesse rejetée par beaucoup parce que je suis jeune (20 ans), une échographie qui se transforme en agression… et pour finir un accouchement humiliant où on écarte mon conjoint et où je suis livrée aux désirs de l’équipe médical.… Mon plus grand bonheur est venu en même temps que le pire des désespoirs.

Je suis une thérapie. Je m’en sors. Et pourtant…

Loevan arrive 3 ans et 3 mois après. Grossesse suivie par une sage-femme. Toujours la même. Accouchement à la maison avec cette même sage-femme. J’accouche dans ma chambre entourée des bras de mon amour, du père de mes enfants…
Je me suis réapproprié mon corps, ma vie, ma grossesse, mon accouchement… J’ai pris ma revanche. Je me suis prouvée que je pouvais y arriver.

Mais voilà. Je constate qu’il y a une très grande différence entre mon attachement pour Loevan et celui que je ressens pour Chiara…Je suis sous le choc… Entre Chiara et moi, il y a un fossé. L’amour n’est pas naturel. Je me force.
Mais j’ai honte je ne dis rien. Je m’enferme petit à petit avec ce secret…

Les semaines passent et le rendez-vous des 6 semaines arrivent. Je revois ma sage-femme.
Elle me demande comment ça va. Je lui explique que je vais très bien. J’hésite à dire le « mais »… J’ai tellement honte. Mais si je ne lui en parle pas à elle, à qui en parler ? Alors je saute le pas et lui dis tout.

Pendant la naissance de Loevan, je suis devenue sa mère. Je me suis battue avec lui pour nous faire naître. J’ai accouché de lui, mais j’ai aussi accouché de moi.

Dès les premiers instants, j’ai été sa mère. Nous avons fait naître un lien qui nous unira à tout jamais. Je suis sûre de tout quand je m’occupe de lui. Les critiques glissent sur moi. Elles ne m’atteignent pas. Je n’ai rien à prouver, ni à moi, ni aux autres.

Mais, voilà, c’est tout le contraire avec Chiara. La naissance douce de son frère m’a fait me rendre compte que la sienne a vraiment été violente. Il nous a manqué quelque chose et cela nous manquera sans doute à jamais. Rien que dans l’amour que je lui porte.

Ce que je ressens pour Loevan est comme une évidence, comme si cela avait été en moi depuis la nuit des temps. Rien ne s’est imposé à moi.
Pour Chiara, même l’amour que j’éprouvais pour elle était violent. Je n’arrivais pas à le gérer. Il s’imposait vraiment à moi.
 

Elle me dit avec sa voix douce qu’il ne faut pas renier tout ça. C’est notre histoire à toutes les deux. 

Je le sais. Cela n’empêche pas de faire très mal. Mais je sais que c’est “grâce” à cette violence du personnel que j’ai pu donner naissance à mon fils à la maison. Sans cette souffrance accumulée, je n’aurais peut-être pas eu la force. 

Nous en restons là. Qu’y a-t-il d’autre à dire ?

Quand je rentre, je retrouve ma Chiara. Il m’a suffit de poser mes yeux sur elle pour sentir un changement. Je la prends dans mes bras et j’ai la tête qui tourne. D’un coup, j’ai chaud. Puis j’ai froid. Que m’arrive-t-il ? Dès que je m’approche d’elle, je me sens bizarre. Je suis obligé d’arrêter ce que je fais. Il y a un tourbillon dans ma tête et dans mon corps. Il se passe quelque chose. J’ai l’impression d’accoucher. Je suis en train de finir la naissance de Chiara. Je sens que quelque chose veut sortir de moi. Quelque chose que je retenais depuis trois ans.

Mes peurs, mes doutes... sont en train de partir. Je me sens mère depuis que Loevan est là. Je suis en train de devenir la mère de Chiara. J’accouche de notre lien. Des vagues d’émotions m’envahissent dès que Chiara m’approche. Est-ce des sortes de contractions d’émotions? J’ai chaud. J’ai froid. J’ai faim. Je veux vomir. J’ai envie de rire, de pleurer, de sauter, de danser, de crier, de bouger, de ne pas bouger …

Le lien se tisse. Je m’envole

Trois jours. Cela a duré trois jours. Puis plus rien. Enfin non pas rien, mais TOUT. Tout ce qui va constituer notre avenir à Chiara et moi.

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 A présent, je ressens aussi ce lien indestructible entre nous. Mon amour est doux. Je ne culpabilise plus. Je l’aime. J’accepte notre histoire.

Je suis sa mère. Je n’ai rien à prouver à qui que ce soit. Elle est ma fille, ma chair, mon sang. Je l’ai portée neuf mois et accompagnée à l’extérieur.

Mon accouchement aura tout simplement duré trois ans et cinq mois.

Ce que j’ai fait en quelques heures pour Loevan aura pris plusieurs années pour Chiara. Mais ce manque qui, il y a encore quelques heures, me faisait peur, a disparu. Oui, notre début d’histoire ne changera jamais. Mais ça y est je suis forte. Je suis la mère de deux enfants magnifiques.

Pour la première fois de ma vie, je me sens à ma place dans mon rôle de mère. Pour Loevan, cela n’a jamais fait aucun doute. Pour Chiara, la peur qu’on me l’enlève est resté présente jusqu’à ce jour. J’avais l’impression de ne pas la mériter. J’étais persuadée qu’à tout moment, on allait venir me l’enlever! On allait se rentre compte que je n’étais pas une mère.

Mais si, je suis sa mère et plus jamais je ne douterai. Plus jamais je ne laisserai quelqu’un l’arracher à moi. Je suis celle qui sait, celle qui les aime. Je suis leur maman.

Julie

Posté par mekati à 14:14 - - Commentaires [8] - Permalien [#]


Commentaires sur Ma naissance en tant que mère

    Merci

    Merci pour ce témoignage, c'est très beau. Bravo à vous et belle renaissance avec votre fille

    Posté par marie-amélie, 06 décembre 2010 à 15:13 | | Répondre
  • C'est magnifique. VOus avez une force que vous ne soupçonniez pas. Soyez heureuse avec vos deux trésors.

    Posté par Maman sur Terre, 06 décembre 2010 à 15:31 | | Répondre
  • Julie, je pleure en lisant tes mots sur Chiara et loevan... j ai cette impression assez inattendue a ce moment precis, si violente et si libératrice a la fois que tu livres l histoire de mes filles et de mon lien a la maternité. A la différence pres que je ne crois pas "encore" avoir fini l accouchement de ma grande.bravo a toi pour le travail sur toi, sur vous et pour ces mots sur "papier"

    Posté par sandra, 06 décembre 2010 à 15:55 | | Répondre
  • merci

    merci d'avoir mis des mots sur mon histoire
    Je me sens svt si desoeuvrée face a mon premier né par cesarienne alors que tout est si naturel avec mon second né par VB; nous avons encore du chemin a parcourir mais je sais que lui et moi travaillons pour combler ce vide qu'a laissé sa naissance. Bon courage

    Posté par stephanie, 06 décembre 2010 à 16:13 | | Répondre
  • Merci de tout coeur

    Merci pour ce témoignage qui m'a aider a savoir pourquoi il y avait un fossé entre ma fille et moi, et pas avec son frère! Je l'aime fort mais y a de la colère que j ai rejeté sur elle, la colère d un accouchement surmédicalisé et auquel j'ai souffert sans y être préparé! Alors qu'avec son frère j ai eu un accouchement tel que je le souhaitais!
    Merci pour m avoir fait prendre conscience ca! je pleure de soulagement, j'ai eu un déclic. Maintenant J'aime ma fille sans la colère!

    Posté par bonheurx2, 06 décembre 2010 à 17:34 | | Répondre
  • Je n'imaginais pas que mes mots pourraient autant aider d'autres femmes. Je suis émue à mon tour de vous lire.
    Et je remercie ce groupe de travail de m'avoir permis de les partager

    Posté par Julie, 06 décembre 2010 à 21:20 | | Répondre
  • pour moi cela fait bientot 15 ans que ce fossé existe, mis à part ma colère je n'ai jamais réussi à mettre des mots...mais maintenant ce n'est plus un fossé, nous sommes à des lieux

    quelque chose qui s'y apparente avec ma fille de 5 ans qui est née prématurément 10 ans plus tard... mais une sacré revanche car j'ai tenu tête au personnel mécical... je ne voulais pas revivre cela.
    et rien de tel pour mes 2 autres fils nés le plus naturellement du monde, le dernier à la maison, tout coule de source, fuide.

    j'ai les larmes aux yeux en vous lisant, je n'ai toujours pas comblé ce vide avec mon grand.
    merci pour ce témoignage.

    Posté par marion, 11 décembre 2010 à 11:40 | | Répondre
  • Merci de mettre des mots sur ces émotions, ces sensations si difficiles à exprimer

    Posté par mamankoala, 16 décembre 2010 à 10:59 | | Répondre
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