09 novembre 2010

Naître à la confiance

La naissance de ma deuxième fille a été également ma propre naissance au sentiment de capacité.

Mon ainée est née en structure. Un accouchement idéal, médicalement parlant, sous péridurale.

Je mettais beaucoup de sens en l’accouchement naturel, j’imaginais cela comme un rite initiatique. J’avais fait la démarche de rechercher une maternité « respectueuse ».
J’avais beaucoup idéalisé le métier de sage-femme, je me suis retrouvée confrontée à un aspect ultra-médical que je n’avais pas envisagé, une grande pauvreté dans l’accompagnement humain.
J’aurais voulu sentir que le personnel me faisait confiance…

L’accouchement s’est bien passé. Je sais que mon corps peut accoucher.
Mais la peur de la douleur m’envahit, je doute de moi, de ma capacité à lâcher prise, à me laisser aller. J’accepte la péridurale qu’on me propose avec insistance.

J’en suis ressortie avec le sentiment d’un rendez-vous raté, d’une imposture : je n’ai pas su la faire naître… Je suis envahie par la déception, le doute… le vide. Je ne suis vraiment pas capable d’être mère, d’être sa mère…
Ce sentiment est parfois encore là aujourd’hui, entravant notre relation.

Deuxième grossesse, l’échec ressenti lors du premier accouchement est encore vivace. Je refuse la médicalisation et me dirige vers un AAD.

Au départ, la démarche d’être accompagnée par une doula est motivée par l’idée que quelqu’un soit là pour s’occuper de ma grande pendant l’accouchement.
Au fil de nos rencontres, j’ai voulu qu’elle soit là, à mes côtés, pour me sentir capable.

L’aspect non-médical de l’accompagnement doula me rassurait : c’était pour moi la garantie qu’elle ne me proposerait pas la péridurale, ou des gestes que je ne voulais pas.
J’ai beaucoup travaillé là-dessus pendant la grossesse : comment aller chercher en moi-même les ressources nécessaires pour supporter la douleur. Je dis « travaillé », mais il ne s’agit pas de technique, c’est un travail intérieur.
Ma doula m’a accompagnée, éclairée, aidée à traverser les choses douloureuses que la grossesse réveillait.

Je me suis alors vue dans le regard de ma doula et de ma sage-femme comme étant capable! Je les remercie de m’avoir accompagné dans ce sens là. L’accouchement a validé, entériné ce sentiment. Je savais que j’étais capable… et j’en ai eu la preuve!

CAPABLE…
Ne pas être aidée pendant l’accouchement autrement que par des encouragements. Laisser faire… Laisser mon corps accomplir ce pour quoi il est programmé.

Ma doula était d’ailleurs absente à l’accouchement. Je l’ai appelée tard, j’ai mis du temps à être sûre d’être en travail. La distance géographique aidant, elle est arrivée juste après la naissance de ma fille. Je crois que c’est bien comme ça : si elle avait été là, j’aurais toujours pensé au fond de moi que c’était grâce à sa présence… non, j’ai été capable, moi seule!

Quelques temps plus tard, lors d’une rencontre de parents, ma sage-femme a dit :  « A l’accouchement de Marine, je n’ai rien fait! » Quelle fierté immense j’ai ressentit !

C’est dans la confiance qu’elles m’ont accordée toutes deux que j’ai pu me faire confiance.
Et cette naissance au sentiment de confiance me porte aujourd’hui dans toute ma vie : oser faire du savon, mon rêve, freiné jusque là par la peur de la manipulation de la soude; oser envisager une reconversion professionnelle…

J’avais déjà fait appel à mes capacités auparavant, notamment dans mon ancien travail d’éducatrice, mais je ne m’étais jamais sentie légitime… un sentiment d’imposture très fort.
Savoir remobiliser ce sentiment de confiance en moi, découvert lors de ce deuxième enfantement, et me dire que oui, c’est possible, je suis capable d’y arriver! Se sentir capable, c’est se rendre capable : le plus important étant d’être entourée de personnes soutenantes.

Marine

Posté par mekati à 10:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Naître à la confiance

Nouveau commentaire