04 novembre 2010

Rendez-vous manqués

Paradoxalement, l’acte d’accoucher a fait naitre en moi un immense sentiment de solitude.

D’abord parce que je me suis retrouvée très seule à la maternité. Je suis restée environ 14h allongée avec des contractions et quand j’ai eu la péridurale je me suis trouvée très seule de ne plus avoir de contractions, une espèce de vide très désagréable. J’aurais préféré garder ma douleur et être accompagnée, soutenue par une sage-femme.
Puis, après la naissance, le personnel passait, repartait, je ne voyais personne pendant des heures. Après la naissance, j’ai été séparée de mon bébé à cause d’une infection urinaire sévère ; je n’y étais pas préparée.

Ce fut très différent à la naissance de ma fille, une naissance physiologique avec un projet de naissance. Malgré tout, je me suis rendue compte que j’aurais eu besoin que ma mère soit là, et pas spécialement mon mari en fait. Ce sentiment de solitude était là encore très fort ; j’ai découvert que ma mère me manquait…

Quelques années après, quand ma sœur (qui a eu beaucoup de problèmes pour ses grossesses) a eu son premier enfant aux Etats- Unis, elle a fait venir ma mère pour la naissance. J’ai très bien compris sa démarche.
Pour la naissance de son deuxième enfant, ma mère était encore présente ainsi qu’une doula. Son mari, de culture asiatique, ne l’a pas beaucoup accompagné sur le plan affectif durant ses grossesses. Le fait qu’il assiste bien sûr à l’accouchement mais que ma mère et la doula soient là… j’ai trouvé ça très cohérent, car c’est cela même qui m’a manqué.

Entre elles il y avait déjà quelque chose de très fort, leur complicité a été renforcée. La présence de ma mère était une évidence. Mes neveux ne connaissent pas beaucoup leur grand-mère, mais comme ma sœur leur a transmis ce lien affectif fort, ils ont un lien fort. C’est tout ce que l’on dit à ses enfants qui crée l’histoire.

Je n’ai jamais su comment parler à ma mère du fait que j’avais besoin d’elle, et non de mon mari, pour accoucher. Pour moi, c’était plutôt une affaire de femmes, mais je ne l’ai découvert que sur le coup, en accouchant. Pour mon second enfant d’ailleurs, le personnel a dû ressentir ce besoin et a été très respectueux, tout s’est passé entre femmes (mon mari en plus). Les sages femmes ont quasiment mis le gynéco à la porte quand il a voulu rentrer! C’est moi qui ai aidé mon bébé à sortir et l’ai posé sur moi, c’était très beau, j’aurais aimé que ma mère soit là…

Culturellement, je n’étais pas préparée à ressentir ça. J’avais vraiment l’image du couple qui accueille son enfant, mais je me suis rendu compte sur le moment que ce n’était pas ce que j’avais envie de vivre.

J’ai clairement ressenti un sentiment d’abandon en accouchant. Les naissances de mes deux enfants ont révélé que l’histoire entre ma mère et moi était celle d’une rencontre qui a toujours eu du mal à avoir lieu. Pourtant, on se voit assez souvent, on n’habite pas loin, pour des questions d’organisation, de services qu’on se rend. Mais finalement, l’essentiel n’a peut-être pas été vécu.

Accéder au statut de mère a réveillé des blessures très anciennes dans la relation à ma mère. Du coup, je me suis interrogée sur ce qui m’a précédée. Quand je suis devenue mère, je me suis beaucoup demandé ce qu’avait été ma naissance.

Je ne me suis jamais sentie comme une enfant dont la naissance a été désirée, quoi qu’on m’en dise. Quand je regarde les photos de ma mère et moi à la maternité, le biberon en bouche, je ne trouve pas la scène attendrissante, comme s’il y avait quelque chose de dur qui s’est inscrit dès le départ.
Maintenant je n’ai plus de ressentiment, j’essaie de comprendre notre histoire. Je me demande juste ce qui a pu lui arriver à elle pour être distante malgré elle.

Par contre, elle vit très fort sa grand-maternité. Elle est affectueuse, touchante, émue avec eux. Elle se laisse aller sur le plan affectif, et ça se voit que ça sort du cœur, alors qu’en tant que mère elle est toujours un peu distante, comme malgré elle.

Moi au contraire je suis très câline et je dis à mes enfants mes sentiments, je suis attentive à leurs joies et à leurs tristesses. .

C’est ambigu parce que ma mère s’est beaucoup occupée de nous ; les vacances, les repas, les devoirs, les tâches domestiques et en même temps son attachement, son dévouement n’arrivaient pas à se manifester par des gestes et des mots affectueux. Ils m’ont manqué.

 Bref, ma mère et moi, une succession de rendez-vous manqués! Aujourd’hui, elle est passée grand-mère, elle a accédé à ce statut sans problème, mais moi je n’ai toujours pas vraiment rencontré ma mère finalement……

Lucie

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