04 novembre 2010

Naissance d'une mère (doutes, position sociale...)

Je n’étais pas du tout préparée à la façon dont j’ai vécu ma maternité. L’intensité de la relation à mon bébé m’a déstabilisée car elle a ébranlé mes valeurs.

Je m’étais préparée à reprendre le travail au bout de deux mois. Avant la naissance j’avais déjà planifié le sevrage, mais celui-ci s’est mal passé et j’étais très mal en reprenant. Tirer mon lait dans les toilettes au travail, c’était vraiment dur. Mon bébé tétait et pleurait beaucoup, il était très demandeur et peut-être anxieux, je me suis découverte en réalité dans l’incapacité de le laisser.
Les séparations étaient trop difficiles, peut-être que cela vient du fait que l’on a été séparés à sa naissance (à j+1 il a été emmené en néonatologie, par le SAMU, dans un autre hôpital, dans une autre ville, à cause d’une infection urinaire, et ça a cristallisé beaucoup d’inquiétudes).

 Au bout de quelques jours de reprise du travail, j’étais en arrêt de travail, je «pétais les plombs », je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Mon médecin m’a aidée en me disant qu’il existait le congé parental, que cela pourrait peut-être me correspondre et que je ne devrais rien à personne.
Et c’est ce que j’ai fait, j’ai pris d’abord 6 mois et j‘ai renouvelé plusieurs fois, découvrant au fur et à mesure que je n‘étais pas prête à retravailler. Plus le temps passait et plus c’était compliqué de reprendre, en plus l’allaitement a duré longtemps, 4 ans.

Je n’étais pas du tout préparée à rester à la maison, je me suis pris ça « en pleine face ». Mon mari et moi avons le même âge, on a fait nos études ensemble, des études longues. Mon milieu culturel et amical ne correspond pas du tout au modèle de la femme au foyer avec Monsieur qui travaille. Il m’a fallu du temps, que je vive les choses, pour découvrir que je pouvais m’autoriser à prendre un congé parental et profiter à ma manière de ma maternité.
Et une fois la décision prise, c’était très inquiétant pour moi car je ne m’y voyais pas du tout.

Pour le deuxième enfant, une fille, même sentiment très fort de maternité, mais que cette fois j’ai beaucoup mieux assumé. Le congé parental était une évidence, tout était plus facile, et cette fois pas question de laisser mon bébé à une nourrice ou en crèche. L’allaitement long (3 ans) je l’ai aussi mieux assumé, sans tiraillement. J’ai repris le travail quand elle avait 2 ans ½ et j’ai continué à l’allaiter. Je ne me rappelle pas vraiment de son sevrage en fait.

Finalement je suis restée 6 ans au total en congé parental. Ca n’a pas été si simple que ça, car je n’avais pas de modèle : je ne suis pas d’une famille où les femmes restent à la maison. Je vois bien qu’il existe des cultures familiales où les mamans restent au foyer, se rencontrent entre elles et où elles le vivent bien.
Pour moi, même si ça m’est apparu comme une nécessité, ça n’a pas été toujours très épanouissant. Ca a été davantage une aventure qu’une découverte. Tout n’a pas été idyllique, la mère à la maison épanouie, 100% pour son bébé. J’ai découvert la profondeur de l’attachement maternel mais pas sur un mode très paisible quand même. Pour le premier en plus j’étais très isolée, je n’étais pas dans ma région. Mais grâce à ça j’ai connu les maisons vertes de Dolto. J’étais capable de faire 50 kms pour sortir de ma « cambrousse » et y passer une demi-journée. Pour le deuxième on était revenu dans la région, je pouvais voir ma famille, mes copines, c’était différent.

La rencontre avec La Leche League a été importante. J’ai rencontré d’autres familles qui comme moi vivaient le besoin d’être proches de leurs enfants. Mais ce que je pourrais reprocher à ces associations de soutien c’est de peindre un portrait idéal de tout ce qui se passe autour de la naissance, l’allaitement, le cododo… En ce qui me concerne, je n’ai pas vraiment choisi le cododo ; mon enfant ne pouvait pas dormir seul ; il a bien fallu trouver une solution. Parfois je ne me sentais pas « bonne mère » car chez moi les choses ne se passaient pas aussi simplement.

En même temps, le fait d’arrêter de travailler et de faire le choix d’un maternage de type proximal m’a fait rencontrer des gens que je n’aurais pas rencontrés sur mon lieu de travail. J’ai découvert des milieux alternatifs, en terme de consommation et de santé par exemple. Quand on met le doigt sur le « travailler moins », pour gagner moins d’ailleurs, on côtoie des personnes qui vivent autrement, qui trouvent des solutions très ingénieuses, très solidaires, plus respectueuses de l’environnement et des relations sociales. C’est une autre de mes certitudes qui a été balayée à l’arrivée de mes enfants, celle de l’évidence du travail. Je me suis aperçue que la valeur travail était assez discutable finalement…

Lucie

Posté par mekati à 22:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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