04 novembre 2010

Devenir mère, ou se laisser aller à être soi-même.

Je fais partie de ces femmes qui ont envie d’être mère depuis… toujours ! Petite fille déjà, je n’imaginais pas mon avenir sans enfants… C’était une évidence que j’étais faite pour être mère…

Le devenir n’a pas été si évident.

 

Il m’a fallu patienter plusieurs mois, presqu’une année, avant d’attendre mon premier enfant. Lorsque j’ai enfin été enceinte, j’ai vécu dans l’angoisse : je tremblais de perdre ce bébé tant désiré, je ne faisais aucun projet, tout me semblait risqué… J’étais loin de cet état de plénitude que j’avais imaginé pour cette première grossesse… J’attendais que les semaines passent, que cette grossesse avance et me rende enfin heureuse… Je ne me projetais pas plus loin que le prochain rendez-vous chez le gynécologue, et je ne pensais pas du tout à l’accouchement. Lorsque j’ai perdu les eaux un matin de novembre, après seulement 7 mois et demi de grossesse, j’ai été prise de cours… J’allais avoir un bébé… Je n’étais pas prête, c’était trop tôt… J’étais terrorisée à l’idée de subir une césarienne, d’être séparée de mon bébé… Je me sentais abandonnée : par les soignants qui ne me disaient rien ; par mon bébé qui ne voulait pas rester avec moi ; par mon mari qui avait aussi peur que moi… Les contractions ont fini par arriver en fin de journée et ont duré toute la nuit. Cette si longue nuit que j’ai passée seule, tapie au fond de mon lit, me tordant de douleur et de peur, en pleurs… J’ai été transférée en salle de naissance au petit matin, au changement d’équipe ; j’ai supplié pour avoir une péridurale dès que possible… Quand mon mari est arrivé, j’étais bien, je ne sentais plus rien… Quelques heures plus tard, nous tenions notre bébé dans nos bras… mais pas trop longtemps : il fallait la mettre en couveuse pour qu’elle ne se refroidisse pas… Elle était si petite… On me l’a malgré tout laissée « à l’essai » : si elle tétait bien, ne faisait pas d’hypoglycémie, et prenait bien du poids, elle n’irait pas en néonat.

J’ai donc vécu les premiers jours avec mon bébé dans l’angoisse qu’on me la reprenne… Angoisse qui ne m’a pas quittée pendant ses premiers mois : je me sentais totalement incompétente face à ce bébé qui pleurait dès que je le posais, alors qu’on m’avait bien dit de ne pas trop le garder dans mes bras, afin de ne pas lui donner de mauvaises habitudes… Elle ne dormait pas ; j’étais épuisée ; et j’étais seule… tellement seule…

Mon mari faisait ce que je lui disais, mais ne prenait pas d’initiatives (en tout cas aucune qui me satisfasse !) ; ma mère ne voulait pas être intrusive et gardait ses distances ; mes amies n’avaient pas d’enfants…. Je cherchais du soutien auprès de professionnels de santé qui me renvoyaient l’image d’une mère trop inquiète, trop fatiguée, trop perdue…

Quant à moi, je ne me sentais pas mère… Pour moi, être mère, ça ne devait pas être ça… Je me sentais comme une enfant qui avait présumé de ses capacités, j’avais juste envie qu’on s’occupe de moi, qu’on me cajole, qu’on me décharge de ce fardeau… Pour moi, n’importe qui pouvait s’occuper de ce bébé mieux que je ne le faisais… Je n’étais pas indispensable pour elle, elle n’avait pas besoin de moi… Elle était le centre de toutes les attentions, premier bébé dans ma famille, choyée, admirée, adorée…

 

Paradoxalement, nous avons choisi d’avoir un autre enfant très vite : nous sentions que cette attention excessive autour d’elle était néfaste, il devenait vital pour moi de la soustraire à cette pression, et d’équilibrer notre famille…

 

Je me retrouvais donc enceinte à nouveau alors que mon bébé n’avait que 8 mois. Cette fois encore, la grossesse ne fut pas un moment de plénitude… Je me trouvais inconsciente d’avoir un deuxième enfant alors que je n’arrivais déjà pas à m’en sortir avec la première. Je me sentais comme une gamine irresponsable qui se serait fait engrosser sans réfléchir… Je sentais le poids des regards réprobateurs dans la rue, lorsque je me promenais avec mon gros ventre, ma poussette et mon physique juvénile… J’aurais aimé être sûre que mes parents approuvaient mes choix…

Cette grossesse fut à l’opposé de la première : si ce bébé voulait vivre, il allait devoir s’accrocher… Je ne pouvais pas me permettre de mettre mes activités entre parenthèses. J’ai à nouveau détesté être enceinte, mais l’accouchement ne me faisait pas peur : je me suis présentée en salle de naissance avec le sourire, dilatée à 3. J’avais fait ma part du travail, maintenant je voulais une péridurale, et laisser faire l’équipe soignante. Malheureusement, la péridurale n’est passée que d’un côté, et je me suis retrouvée clouée sur la table d’accouchement avec une jambe morte, et l’autre côté qui sentait tout ; je n’étais pas du tout préparée à affronter la douleur des contractions, j’avais peur que le travail n’avance pas suffisamment bien, j’avais à nouveau la hantise de la césarienne, … J’avais besoin qu’on me rassure, qu’on me dise que tout se passait bien, que je me débrouillais comme un chef, ce genre de choses… J’avais tellement peur… Finalement, tout s’est bien terminé, je me suis même rebellée en fin de travail, refusant d’attendre que la gynéco soit arrivée pour pousser !...

J’étais fière de cette seconde naissance, fière de nous voir enfin comme une famille, fière aussi de m’être démarquée d’une sorte de tradition familiale : en effet, ma grand-mère et ses deux filles ont eu chacune deux enfants de même sexe à 3 ans d’intervalle… J’avais posé plus ou moins consciemment un acte fort pour mon identité de femme en ne suivant pas ce schéma.

Pourtant, je me sentais toujours dépassée et peu compétente dans mon rôle de mère… Les premiers mois, je ne restais jamais seule avec les deux enfants : mon mari emmenait l’ainée chez sa nourrice en partant travailler et la ramenait le soir en rentrant ; le mercredi ma mère venait m’aider ; le WE mon mari était là…

Néanmoins, j’allaitais avec facilité pendant 6 mois, dont 4 en ayant repris mon travail. Ma fille dormait bien, était souriante et florissante, et me renvoyait l’image d’une bonne mère, qui fait ce qu’il faut pour le bien être de son bébé… Je me suis souvent dit que ce bébé avait sauvé notre famille de l’implosion… Malgré la pénibilité de la vie avec 2 enfants d’âge rapprochés, nous commencions à sortir la tête hors de l’eau…

 

A cette époque, j’avais aussi une thèse à préparer…

 

Lors de mon premier allaitement, j’avais été tellement déstabilisée par les conseils contradictoires que je recevais, que j’avais décidé de découvrir « la vérité » par moi-même, en faisant de l’allaitement le sujet de mes recherches. C’est à cette occasion que mes lectures m’ont conduite vers Nathalie Roques, Jack Newman, James McKena, Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau… J’ai découvert le concept de maternage proximal.

 

C’était donc cela « être mère ».

 

Je touchais enfin du doigt l’idée que je me faisais de la vie d’une maman près de son bébé, d’un bébé près de sa maman : la douceur, la chaleur, la tendresse, la fluidité… Tout cela faisait douloureusement écho à mon vécu de peur, d’épuisement, de solitude, de contraintes, de renoncement...

J’ai découvert aussi que je n’étais pas la seule à avoir des doutes et des difficultés. Et qu’il existait des lieux, sur internet, où les mères se soutenaient, s’entraidaient, formaient une vraie communauté, chacune à la recherche de son propre chemin de maternité.

 

Dans ces conditions là, j’étais prête à recommencer : donner la vie une nouvelle fois, et pouvoir mettre en pratique tout ce que j’avais découvert… J’étais impatiente de faire naitre la mère en moi… M’autoriser à quitter la carapace rigide du bon parent qui éduque bien ses enfants mais oublie toute notion de spontanéité et de plaisir.

 

Lorsque j’ai été enceinte à nouveau, assez rapidement après avoir soutenu ma thèse, j’ai fait le choix d’arrêter de travailler pendant 8 mois. Je n’ai toujours pas aimé être enceinte, cet état réveillant en moi trop d’angoisses … Mais j’ai eu l’occasion de faire enfin connaissance avec mes deux filles, âgées alors de 5 et 3 ans… Vivre à leur rythme, les regarder, les écouter, les découvrir… Partager leur vie, en faire vraiment partie…

J’ai eu un accouchement physiologique, avec le soutien d’une sage femme libérale qui pratiquait l’accompagnement global. J’ai eu peur, j’ai eu mal, j’ai perdu pieds, sans vraiment réussir à lâcher prise… Mais quelle fierté de pouvoir dire « je l’ai fait »… De rejoindre les rangs des amazones que j’admirais tant… Et quel bonheur de vivre en symbiose les premiers jours avec son bébé, sans interventions extérieures néfastes, les yeux dans les yeux, de poursuivre un peu le corps à corps… J’ai allaité, porté, materné, ce bébé… J’ai fait l’expérience de la confiance en soi, j’avais l’assurance de « celles qui savent »...

 

Pourtant ce n’est pas cette troisième naissance qui m’a « fait naitre mère »…

C’est la rencontre avec mes deux filles, lorsque j’ai enfin trouvé ma place auprès d’elles… Lorsque j’ai réalisé que j’étais irremplaçable pour elles, et que j’ai accepté cet état de fait, comme un cadeau et non comme un fardeau… Et si j’ai pu le faire, c’est grâce à l’expérience de ces femmes qui m’ont entourée, à leur force et leur énergie… Portée par elles, j’ai pu me laisser aller à être moi-même… Elles ont contribué à libérer la femme en moi, cette femme qui n’attendait rien d’autre que de devenir elle-même, de devenir mère à son tour.

Laure

Posté par mekati à 17:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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