04 novembre 2010

Couper le cordon.

Être enceinte… J’en avais rêvé depuis plusieurs années, je me voyais mère, je me voyais avec un enfant très vite, très jeune. Ça ne me faisait pas peur. Avec lui, mon homme, celui que j’aimais, c’était une évidence…

Puis cette première fois. A 22 ans, fébrile, je l’annonce à mes parents, trop d’émotions, je maîtrise mal mes mots et mes larmes, et ils croient à une erreur, un accident… La femme de mon homme, celle qui avait tant désiré cet enfant, redevient la petite fille de ses parents, qui ne peut avoir d’enfant, pas tout de suite, pas si jeune… Moi qui me sentais si fière et si prête ! Je n’ai pas su lever la voix et me faire entendre, je suis restée enfant, à peine post-ado… Le bébé s’en est allé de lui-même, peut-être a-t-il senti que le climat n’était pas propice à naître tout de suite…

Un second essai quelques mois plus tard ne s’est pas transformé, celui là on l’a tu, comme on cache que l’on a fait le mur à l’adolescence. Drôle de secret, un bébé pourtant désiré de jeunes adultes amoureux et stables… Mais après leur première réaction, comment leur dire que je n’étais plus une petite fille ? Moi-même j’avais du mal à le revendiquer… Alors être mère… Étais-je vraiment si prête ? Mon corps semblait en douter…

Peut-être était-ce lié à ma propre naissance. Ma mère est tombée enceinte à 16 ans, un père biologique dont je n’ai que le prénom, une grossesse seule car sa famille ne l’a pas soutenue… Elle a rencontré mon père adoptif quelques temps après ma naissance, a construit une famille avec lui, s’est racheté aux yeux des siens. De la honte, ne reste que moi… et mon besoin de plaire à mes parents, tout le temps, comme pour me faire pardonner d’être venue au monde...

23 ans… Nous avons quitté la France, pour vivre à Montréal quelques temps. En amoureux, sans attaches, sans projets. L’envie de ce bébé toujours présente, viscérale. Trois mois après notre arrivée, nous avons été exaucés, ce bébé s’est niché dans mon cœur, dans nos vies… Loin des miens, j’étais femme. Ma grossesse était fêtée, félicitée, encouragée. Mon âge ne choquait personne, même pas mon visage trop enfantin. Nous étions une famille en devenir. Je l’ai annoncé à ma famille à trois mois de grossesse, sûre de moi, quelques soient les réactions. J’étais prête à affronter mes parents, à grandir, à enfin devenir mère.

Et laisser l’histoire de ma naissance derrière moi aussi…

Ma grossesse n’a pas été facile tous les jours, mais plus facile à vivre car j’étais seule, je crois. On ne peut pas devenir mère en restant petite fille. Mon cordon s’est enfin coupé lorsque j’ai traversé l’océan. Je suis née à Montréal, à 23 ans…

J’ai eu le meilleur suivi au monde, en maison de naissance avec une sage-femme. Je suis très timide face à l’autorité. Cette femme, c’était l’autorité, celle qui faisait naitre mon bébé, qui me disait quoi manger, quoi faire, comment vivre au mieux enceinte. Je la voyais comme ça, elle m’impressionnait. Mais ce n’est pas ainsi qu’elle me considérait. Elle n’était pas ma mère de substitution. Elle était ma sage-femme, et j’étais la femme qui allait donner naissance.

Et puis, ma fille est née. Tranquille, mon bébé-zen qui m’a montré le chemin vers la « maternité », qui m’a montré comment être sa mère, en douceur, dans un cocon.

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Ma mère est venue quand elle avait quinze jours, je me suis sentie de nouveau gauche, petite fille qui ne sait plus faire, comment allaiter, comment la porter… Elle n’est restée qu’une semaine, une semaine où j’ai perdu pied, j’ai eu l’impression de ne plus être la maman, à peine la grande sœur.

Il m’aura fallu quatre mois pour affronter de nouveau ma famille. Mais ces quatre mois et ma belle puce m’avaient rendue plus sûre de moi. J’allaitais quand je voulais, et je répondais aux critiques, aux conseils avec des sourires, je me blindais, je me protégeais… J’étais une mère, la mère de ma fille et plus rien ne pouvait me l’enlever…

Deux ans après, lorsque j’ai été enceinte de mon second enfant, j’étais en France, en structure hospitalière. Tout de suite j’ai repéré ce ton infantilisant qu’ont les médecins, les sages-femmes. Ils regardaient mon âge, me pensaient primipare inexpérimentée et me prenaient de haut avec mes idées d’accouchement naturel sans perfusion, sans péridurale… Mais j’étais née à Montréal…J’ai su me battre, trouver les ressources pour offrir à mon bébé une naissance respectueuse. Et pourtant, même ma mère m’encourageait à laisser faire… mais je sais qu’elle est fière quelque part que j’ai su me faire entendre et que je ne l’ai pas écoutée.

Il y a 5 ans, j’étais encore une enfant. Une enfant à l’histoire de naissance difficile et tabou… Il y a 5 ans, je suis née femme. Une femme qui a coupé le cordon et tranché avec le passé pour mieux construire son avenir.

Aujourd’hui, j’ai 28 ans. Je ne suis plus une petite fille, je suis une femme, je suis forte. Je suis leur mère, la fière maman de deux princesses, attendant un dernier bonheur qui finira notre famille…


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Blandine, 

 

Montréal, le 1 novembre 2010

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